Interview condAnsé : Sebastian Arce ou l’incarnation du tango argentin


C’est le King du tango argentin. LA star. Il a marqué sa génération et continue de le faire. Il est aussi et surtout mon ami depuis 15 ans. Portrait d’un Grand.



J’ai rencontré Sebastian Arce sur les conseils d’un ami me vantant les qualités d’un jeune couple de professeurs de tango argentin qui donnait des cours dans le 12ème arrondissement. Tout jeunes, Sebastian Arce et Mariana Montes débarquaient à Paris après Londres, puis l’Asie. J’ai très vite compris que j’avais affaire à de vrais professionnels. Technique de rêve, vitesse de déplacement, créativité sans limite, musicalité parfaite, subtilité, fraîcheur, panache, humour, et ce qui m’a surtout marqué : une vision du tango. Ce côté innovant, impertinent, explorateur de la danse. Je sentais chez eux un immense respect pour leurs pairs, pour les acteurs de l’âge d’Or du tango jusqu’à aujourd’hui (les grands compositeurs et chanteurs des années 20 – 40, Piazzolla etc.) tout en remarquant leur envie de pousser cette danse dans ses retranchements, de l’emmener ailleurs, dans un paysage plus urbain. 

J’ai réalisé que j’avais tout à apprendre et que c’était pour moi une occasion rêvée de progresser, et pas seulement techniquement. Leur vision de la danse élargissait la mienne. Mon esprit s’ouvrait à l’essence même de cette danse. Je me cultivais en en comprenant mieux l’histoire et l’évolution, j’étudiais les grands musiciens et danseurs, je visionnais tous les films traitant du sujet, j’apprenais la langue. Leurs cours dépassaient mes attentes et j’étais comblée. De fil en aiguille, nous sommes devenus amis, nous avons refait le monde, parlé de nos expériences respectives, passé des heures à danser dans les milongas.

Détermination

Sebastian et Mariana ont quitté l’Argentine avant leur majorité. Leur famille, leurs amis, leur culture, leurs repères. L’exil, ils savent ce que c’est. Sebastian m’avait expliqué un jour qu’il avait compris que son propre pays ne lui donnerait pas la chance de réaliser son rêve. Durant son enfance, il allait à école la journée et sortait danser le soir. Il n’avait pas 10 ans. Il prenait des cours avec de grands professeurs et chorégraphes et s’appliquait à travailler sans relâche. Un jour, se rendant à une audition, il s’entend dire qu’il est trop jeune et qu’il n’aura qu’à revenir l’année d’après. Sa frustration de n’avoir pu exprimer son travail résonnera en lui comme une trahison. Ce sera le déclic : aller chercher ailleurs la chance qu’on ne lui offre pas chez lui. Le tango, Sebastian lui donne tout. Tout ce qu’il est, ce qu’il ressent, ce à quoi il renonce, ce qu’il devient, ce qu’il vit. Ses aspirations, ses déprimes, sa fragilité, son génie, sa force, sa vulnérabilité, son essence, ses colères, son courage, son chaos aussi. Les lendemains ne sont jamais assurés. A chaque nouveau pays qu’il foule, il faut apprendre une nouvelle langue, comprendre les mentalités, les gens, leurs habitudes, leur quotidien. Sebastian ne parle aujourd’hui pas moins de 6 langues. Déterminé, il l’est. Il n’a peur de rien. Ose tout, rêve grand. Au fond de lui bout une fièvre qui deviendrait presque maléfique s’il n’arrivait pas à concrétiser ses projets artistiques. J’ai toujours senti cette urgence instinctive chez lui comme s’il avait intégré depuis toujours à quel point il est important d’agir, de laisser une trace, d’apporter quelque chose dans ce monde, quel qu’en soit le domaine.

Renaissance

Au bout de quelques temps, nous avons créé l’association Tango Renaissance. Sebastian avait des projets fous. Mariana et moi le regardions parfois avec des yeux ronds comme des billes. Moi je tremblais intérieurement de tous les risques que nous allions devoir prendre : financiers, administratifs pour ne citer qu’eux. Nos délais étaient courts, nos moyens inexistants, mais notre amour pour le tango, plus fort que tout.  Alors nous suivions Sebastian dans ses belles extravagances. Cours, stages, concerts, séminaires, interviews, conférences de presse, spectacles, promotions (radio, presse, Internet, événementiel) et le fameux festival CITP (Congrès International de Tango à Paris) au budget à 5 chiffres qui m’a donné tant de fil à retordre et de sueurs froides, mais qui m’a aussi démontré à quel point la passion peut être puissante. Aujourd’hui encore avec le recul, je m’étonne de ce que nous avons réussi à faire avec si peu. Ces évènements ont touché tant de monde, restent encore dans les mémoires, et Sebastian et moi en reparlons chaque fois que nous nous voyons comme si cela avait scellé notre confiance mutuelle et notre respect l’un pour l’autre pour toujours. Ces années-là n’ont pas été simples mais elles ont été tellement productives en termes d’accomplissement personnel, de dépassement, de croissance. Elles ont été mes meilleures années « tango » car j’ai pu élever mes standards personnels. Je suis partie en Argentine travailler ma danse, j’ai créé une structure en France dont j’ai été le pilier administratif et événementiel. Je ne me savais pas si productive, efficace et capable, et sans mes 2 amis, je n’en aurais peut-être jamais eu conscience. Oui je les ai aidés à concrétiser leurs projets artistiques et oui il y a eu des moments difficiles, mais eux m’ont révélée à moi-même, ils m’ont fait confiance et m’ont permis de mesurer ce que j’étais capable d’accomplir. Je ne sais pas quelle démarche de l’un ou de l’autre fut la plus généreuse, et c’est sans importance.

Collaboration

Certaines rencontres sont décisives dans notre vie. Certaines personnes laissent une empreinte intemporelle et indélébile. Peu importent les raisons et le temps qui passe. Il y a des moments, des personnes, des situations, des circonstances qui nous marquent et qu’il ne faut pas laisser passer. On ne se réalise pas seul. On avance à plusieurs. Notre passion commune pour la danse était fédératrice. Elle était l’engrais, la terre fertile où une forêt a poussé. Oui nous étions différents, pas toujours d’accord, pas toujours en phase mais nous étions soudés, nous croyions en nous, nous étions généreux dans nos actions et honnêtes envers nous-mêmes. Et cette belle collaboration est encore intacte. Même si chacun a fait son chemin de son côté, nous travaillons toujours ponctuellement sur des événements dansés comme en janvier dernier où Sebastian est venu donner un stage de 3 jours à Paris. Nous sommes plus mesurés dans nos projets et plus adultes aussi (quoique…), mais l’excitation est toujours là. L’exigence que nous demandait la pratique intensive de la danse se retrouvait dans toutes nos actions. Chaque fois nous nous appliquions à trouver des jolies salles et lieux pour nos événements, nous cherchions des idées innovantes, nous soignions notre communication. Rien n’était laissé au hasard et cette implication a créé une image forte et dynamique de notre association.

Leadership

Nous avions une vision. Nous souhaitions redonner au tango son titre de noblesse, promouvoir cet art par des événements forts, nous voulions surprendre, bousculer, émouvoir, donner du sens. Sebastian et Mariana ont voyagé dans plus de 35 pays, ont inspiré des milliers de personnes et continuent d’émerveiller le public avec virtuosité et authenticité, et c’est aussi ce qui fait leur formidable popularité. Leur danse parle de leur histoire, elle raconte leur vérité. Leurs habits de lumière ne les empêchent en rien de se mettre à nu, ils sont sincères et engagés dans leur transmission de la danse et dans leurs choix artistiques. Chorégraphies osées dans la prise de risques, improvisations pures au service de la musique et de leur art, ils ont su fédérer un tel engouement qu’ils peuvent illustrer à eux seuls un cas pratique de ce qu’est le vrai leadership. Susciter l’inspiration, déclencher des envies, inciter à agir et entreprendre, développer force et conviction, mener les troupes, prendre des initiatives et croire en elles, apprendre de l’échec, gagner en vision et charisme, savoir donner, s’engager personnellement et contribuer à faire grandir son projet de cœur. C’est ça pour moi, le vrai leadership. Je ne pouvais pas imaginer meilleure école que celle-là, et aucune institution ne m’a jamais enseigné un tel savoir. La danse et les rencontres que j’y ai faites ont été déterminantes pour moi. Sebastian Arce et Mariana Montes font partie de mon histoire comme je fais partie de la leur. Une relation authentique basée sur la confiance est génératrice de réussite quelle qu’elle soit. Ce que nous avons vécu ensemble nous a révélés. Privilégier la qualité d’une relation est source de rentabilité interpersonnelle, et repose sur le principe des vases communicants. Mon engagement envers autrui augmente l’engagement d’autrui envers moi. C’est une loi naturelle qui ne fonctionne que lorsque l’intention est inconditionnelle, et non calculée ni intéressée. Quand on laisse son cœur être le guide alors tout est possible.

 

Et vous, quelle rencontre a marqué votre vie ?


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