La Maison des Femmes de Saint Denis

La première chose que l’on aperçoit, ce sont ses couleurs, puis son enseigne en belles lettres capitales : « LA MAISON DES FEMMES». Comme un rai de lumière sur un mur de béton.

Située à St Denis, la structure accueille les femmes victimes de violences conjugales et sexuelles (viols, incestes), les femmes excisées, les femmes enceintes ne souhaitant pas garder leur grossesse. Elle est dédiée à la prise en charge des femmes grâce à des équipes pluridisciplinaires composées de médecins, travailleurs sociaux, psychologues, sexologues, juristes, policiers, avocats, et aussi personnel bénévole, tous centrés sur le soin et l’accompagnement dans les démarches juridiques et administratives. Ont lieu également des groupes de paroles et des ateliers d’amélioration de l’estime de soi. L’accès à la Maison se fait sous l’angle de la santé physique et psychique. Elle offre un accès à la contraception et à l’avortement, ainsi que la possibilité d’une réparation chirurgicale des mutilations sexuelles. Les profils de femmes qui consultent sont variés : femmes mariées, en situation monoparentale, issues ou victimes de l’immigration, les femmes seules, souvent en situation de précarité etc.

Quelques emails échangés ainsi qu’un entretien téléphonique chaleureux dans un objectif de futur partenariat m’ont immédiatement convaincue de la qualité des ressources humaines et de la bienveillance de cette équipe de faiseurs de miracles. Car oui, la tâche est énorme, le chemin est long, et les menaces inhérentes au manque de financement sont quotidiennement présentes comme une épée de Damoclès.

Ghada Hatem

Après 4 ans de levées de fonds privés et publics, la Maison des Femmes ouvre ses portes en juillet 2016. Ghada Hatem, médecin gynécologue, en est la fondatrice. D’origine libanaise, elle quitte son pays pour fuir la guerre à ses 18 ans et entreprend des études de médecine en France en se spécialisant en gynécologie obstétrique. Depuis toujours à l’écoute des femmes lors de ses consultations à la maternité de Saint-Denis, l’idée d’une structure apportant des réponses et des solutions aux violences faites aux femmes, prend place. La Maison des Femmes est un lieu d’accueil, de consultation, de prévention et d’orientation pour toutes les femmes en difficulté. C’est la première structure en France qui prend en charge de façon globale (médicale, sociale, juridique, psychologique, post-traumatique) les violences faites aux femmes. L’inauguration a lieu le 8 juillet 2016. Inna Modja, chanteuse et actrice malienne excisée et réparée, en est la marraine.

Une question de santé publique

250 000 femmes sont victimes de violence en France. C’est une véritable question de santé publique. A titre d’exemple, les violences conjugales à elles seules couteraient 3,6 Milliards d’euros par an en termes de soins de santé et d’aides sociales. La Maison des Femmes a réalisé 150 000 consultations en 18 mois. Son financement est assuré jusqu’en 2018. Les soins de santé ainsi que les opérations de reconstruction sont financés par l’hôpital et le conseil départemental. Mais ce sont les fondations privées qui financent les salaires des professionnels. Malgré le constat flagrant de besoins financiers pour pérenniser la structure, et l’évidence du bien-fondé d’une telle prise en charge, les responsables politiques n’ont manifesté aucun soutien pour assurer l’avenir de la maison ou dupliquer le projet. Plébiscitée par les femmes et les professionnels, la Maison des Femmes a désormais besoin d’une annexe si elle veut continuer à poursuivre ses missions.

« Notre principale difficulté concerne le financement, à savoir la pérennité des salaires et la construction d’une annexe devenue indispensable du fait de l’augmentation massive de fréquentation » relate Ghada Hatem.

« Nous sommes mobilisés pour la sécurité financière de la structure, mais aussi pour le plaidoyer auprès des politiques afin que cette prise en charge soit reconnue au titre de la santé publique et de la prévention, et que d’autres structures identiques puissent voir le jour. Il faut nous souhaiter de durer !»

En mai 2017, un rapport de l’inspection générale des affaires sociales conclue d’après les travaux réalisés par la Maison des Femmes, qu’«il est nécessaire de considérer la prise en charge en milieu hospitalier des violences faites aux femmes comme un enjeu prioritaire ». Le rapport recommande le déblocage d’une enveloppe de 15 à 20 Millions d’euros par an mais à ce jour le gouvernement n’a pas donné signe de vie alors que la lutte contre les violences faites aux femmes était listée en priorité dans le mandat d’Emmanuel Macron.

« Soyons des héroïnes »

Le 03 mai dernier, la Maison des Femmes met en place une opération de crowdfunding en organisant le concert « Soyons des héroïnes ». De nombreuses artistes s’engagent en chantant gratuitement pour l’occasion. Inna Modja, Olivia Ruiz, Imany, Amir, Camille, Brigitte Jeanne Cherhal, Joyce Jonathan, Julie Zenatti sont à l’affiche de ce bel événement. Le concert est diffusé sur les réseaux sociaux et 54 000 € sont récoltés – l’équivalent de 15 jours de fonctionnement pour la maison des femmes – contre 150 000 € espérés. Malgré tout, l’équipe de la Maison des Femmes met tout en œuvre pour trouver les fonds qui leur permettront de survivre.

Car le modèle inspire d’autres régions : Bordeaux, Cannes, Nantes, Marseille, Mulhouse, également la Belgique ouvrent leur espace dédié aux femmes vulnérables comme un écho aux besoins colossaux résultant de ce triste phénomène de société.

 

L’art, le sport, la danse en réponse aux maux

Une femme qui a souffert dans son corps a le réflexe inconscient de se dissocier de lui. Son corps n’est souvent plus qu’une enveloppe, voire un moyen de locomotion. C’est une manière de se protéger et d’éloigner la souffrance et le traumatisme. Mais si certaines cicatrices sont visibles, d’autres ne le sont pas, notamment celles logées dans l’âme. On ne peut pas se dissocier de son âme. Et une âme blessée ne se soigne pas forcément par des soins de santé.

Selon Ghada Hatem, la prise en charge la plus efficiente est celle qui mixe différentes approches et permet aux femmes de disposer de soins complémentaires qui leur correspondent. La prise en charge psycho corporelle est essentielle dans ce parcours.

En réponse à cela, la Maison des Femmes organise des ateliers permettant un accès aux domaines artistiques, culturels et sportifs :

  • Un atelier de dessins, photos et bijoux nommé « réparer l’intime »
  • Un atelier de karaté non pensé comme un cours de self défense mais comme un espace où les femmes réinvestissent leur corps et travaillent sur leur énergie
  • Un atelier de danse orientale où les femmes renouent avec leur féminité si besoin.

« Nous sommes persuadés de l’impact positif de la danse pour nos patientes ». Réinstaurer un dialogue avec son corps, renouer avec ses émotions par la musique et le mouvement, prendre du plaisir à danser, oublier son quotidien le temps de quelques heures, tous ces facteurs participent à la reconstruction de soi.

Sensibiliser les jeunes

Ghada Hatem intervient aussi en milieu scolaire pour dialoguer avec les jeunes sur les rapports entre hommes et femmes. Elle réalise qu’il y a là encore des incompréhensions sur le rôle de l’un et de l’autre, un manque de clarté sur les droits des femmes, leur indépendance, leur émancipation, une méconnaissance sur les injustices sexistes, les nombreuses inégalités et discriminations auxquelles elles font face. Ce travail de prévention et d’éducation est fondamental et répond à un réel besoin social et culturel. Certains sujets restent tabous au sein des familles et l’école ne répond pas assez à ce besoin de dialogue chez les jeunes populations. Or si l’on souhaite que la situation s’améliore, il faut éduquer, sensibiliser, dialoguer en toute liberté et simplicité. Chacun a un rôle à jouer et les enfants et adolescents sont les adultes de demain, l’avenir c’est eux.

 

Ghada Hatem et sa belle équipe poursuivent leurs rêves. Malgré les difficultés journalières pour assurer la pérennité de la structure et répondre aux besoins grandissants des femmes en difficultés, un nouveau projet est en train d’éclore : créer la Maison des Mamans qui offrira aux femmes enceintes sans domicile fixe, un espace de vie et de soins pour elles et leurs bébés.

Souhaitons-leur longue vie. Leurs projets doivent voir le jour et se multiplier.

Pour aider la Maison des Femmes : https://www.lamaisondesfemmes.fr/don

Site web: www.lamaisondesfemmes.fr

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *