Que veut dire s’écouter ?

Remettre sans cesse à demain nos envies, nos rêves ou pire, y renoncer. Quelles sont ces petites démarches avortées ? Et combien cela nous coûte-t-il de ne pas les écouter ?

Une histoire de vibrations

« J’adorerais écrire un livre, peindre, voyager, lancer ma marque de vêtements, sauter en parachute, créer une association, nettoyer les océans, travailler avec telle personne, prétendre à tel poste, mais… » mais quoi ?

« Mais pas le temps, pas l’argent, pas les connaissances suffisantes, pas le moment, pas l’énergie, trop jeune, trop vieux, pas légitime, pas doué, pas le courage, pas à la hauteur, trop comme ci, pas assez comme ça…« 

Combien de fois avons-nous entretenu ces petits monologues intérieurs ? Et quel est leur impact ?

Chaque pensée, émotion, sentiment est chargé(e) de vibrations : un flux énergétique qui émet une fréquence comme le ferait une station de radio. Lorsque nous évoquons quelque chose qui nous anime, lorsque nous nous imaginons dans une situation heureuse, nous émettons des vibrations « hautes ». Et nous pouvons le ressentir comme une légère effervescence, une petite excitation, une nouvelle énergie circulant dans le corps. Notre gestuelle et notre attitude changent, le ton de notre voix change, les traits de notre visage changent, nous nous sentons soudainement plus enjoués, plus dynamiques, plus spontanés à la simple évocation de ce qui nous fait plaisir. Nous ressentons quelque chose d’harmonieux, de fluide et léger et nous retrouvons cette énergie pétillante qu’ont les enfants.

A l’inverse, lorsque nous nous contraignons à faire quelque chose que nous ne « sentons » pas ou lorsque nous nous privons de réaliser ce qui nous tient à cœur, nous émettons des vibrations « basses ». Ces petits actes manqués peuvent avoir des conséquences lourdes à payer. Ignorer nos aspirations conduit à nous effacer comme une photo qui perdrait ses couleurs jusqu’à n’en plus distinguer l’image d’origine. Rester sourd à la fréquence de nos vibrations revient à ne pas s’écouter. La question m’a été posée plusieurs fois ces derniers jours : c’est quoi s’écouter ? En quoi est-ce important, voire fondamental ? 



De l’empathie avant tout

S’écouter c’est s’autoriser à entendre ce qu’il y a en nous, de l’intérieur. C’est notre capacité à être réceptif à nous-mêmes sans jugement. Cela commence par capter ces petites résonances pareilles à des ondes qui nous parcourent quand nous vivons des moments heureux ou désagréables. Nous n’avons besoin de rien d’autre que d’empathie envers nous-mêmes.  Il s’agit de se rebrancher à soi, comme une auto-connexion, et de se laisser ressentir ce qui est là, souvent tapi dans l’ombre, sans faire barrage. Et puis d’observer, de regarder en face, en toute objectivité, ce qui est. C’est comme si nous pensions avec notre corps, nos cellules, notre peau, nos sens

Si l’exercice paraît futile, c’est probablement parce que nous avons été conditionnés à faire tout l’inverse. Nous avons appris à écouter l’extérieur, à nous référer à une figure d’autorité, ce qui n’est pas forcément un mal, nous avons tous besoin d’apprendre auprès de quelqu’un d’autre. Mais n’écouter que l’environnement extérieur affecte notre créativité et notre faculté de discernement.  Ignorer nos ressources, nos messages internes, nos petits maux chroniques, nos intuitions, nos aspirations pour ne se fier qu’à un ou plusieurs avis extérieurs revient à nier la part intuitive de nous-même, que nous sommes les seuls à connaître.

Nous pouvons dans ce cas, nous interroger sur les fondements de ce qui nous a été enseigné, et nous demander ce qui nous a servi, aidé ou au contraire éloigné de nous-mêmes et perdu. Par exemple, dans tout ce que nous avons « ingurgité » à l’école ou durant nos études supérieures, qu’avons-nous le mieux « digéré » ? Qu’avons-nous aimé apprendre ? Qu’est-ce qui a réellement été nécessaire à notre évolution personnelle et professionnelle ? Qu’est-ce qui a résonné en nous ? Pourquoi ? Comment ? Qu’est-ce que nous avons retenu le plus facilement ? Qu’est-ce qui nous a servi et nous sert encore aujourd’hui ?

Il en est de même dans la vie en général. Nous interroger sur ces fondements inculqués par l’environnement familial, la société, les institutions, développe notre clairvoyance, nous incite à désapprendre et à repenser. Garder ce qui nous sert et se débarrasser du superflu encombrant, c’est créer un nouvel espace en soi, vider un grenier plein à craquer de vieilles breloques pour en faire une nouvelle pièce épurée et sereine.

 

Notre corps : un livre ouvert

Notre corps porte les traces de notre vécu. Se dissocier de lui c’est rejeter notre histoire. Or quand un chapitre de notre histoire est douloureux, nous avons tendance à fermer le livre comme un réflexe de survie orchestré par le cerveau, qui lui, déteste l’inconfort. Quand notre cerveau ou notre mental prend les commandes, bien souvent il anesthésie le corps, de sorte que nous n’entendons plus les messages qu’il nous envoie. Alors notre corps et nous,  cohabitons sans nous croiser, sans nous parler. Nous vivons ensemble sans être ensemble. 

L’écoute de soi demande d’ouvrir ce livre et d’en lire les lignes, les mots, les tracés, les courbes, les signatures, les témoignages inscrits comme des tatouages émotionnels déposés sous la peau. Lire n’est pas juger mais observer, ressentir ce qui bloque, pince, tire, brûle, crispe, ou au contraire, détend, aère, respire, soulage, libère, aligne.

Nous avons tous une histoire que nous devons connaître et conscientiser. Ecouter le corps pour entendre notre histoire de l’intérieur c’est déjà le respecter, le ré-habiter et non plus le tenir à distance. Nos petits (ou grands) « couacs » physiologiques ont quelque chose à nous dire. Ils nous incitent à mettre la lumière sur ce que nous ne souhaitons peut-être pas voir, et qui est souvent redirigé vers notre inconscient.

S’écouter c’est développer notre conscience corporelle.

Par exemple, cette allergie aux yeux ne serait-elle pas liée à une situation que je ne veux pas regarder en face ? Cette petite raideur dans les hanches, ne correspond-elle pas à un domaine dans lequel j’ai peur d’avancer ? Cette douleur dans les trapèzes ne répond-elle pas à quelque chose que je m’efforce de porter seule ?

Hélas, notre culture occidentale ne nous enseigne pas cette lecture-là. Probablement parce que cela participe à une réalité invisible insuffisamment concrète pour être mesurable, et donc peu rentable aux yeux de la société. Imaginons pourtant la conscience corporelle comme une matière à part entière enseignée dès l’école. Quels en seraient les bienfaits en termes d’épanouissement, de responsabilisation, de clarté, de choix ?

Accueillir, s’interroger, danser

Quel que soit le « trauma » subi par le corps – une mauvaise chute, une raideur soudaine, une allergie à répétition, une douleur chronique, un accident – nous devons avant toute chose, l’accueillir. Même si cela peut paraître contre nature parce qu’en effet notre première réaction sera probablement le rejet. Mais si nous considérons ces « accidents » passagers comme porteurs de messages, nous devons les accepter, pour mieux les laisser s’en aller. De même que l’on écoute avec empathie une personne se livrer, nous dialoguons avec elle et cherchons à la comprendre pour mieux l’aider. Faisons de même avec notre corps, écoutons-le, dialoguons avec lui. 

Commençons par nous consacrer du temps pour nous poser de simples questions, et analysons (ressentons) ce qui bouge à l’intérieur :

Par exemple :

  • Où en suis-je aujourd’hui ? = Qu’est-ce que je ressens ? Comment je me sens ?
  • Qu’est-ce que j’aime (faire) ? = Qu’est-ce qui vibre, me fait sourire, me donne de l’énergie ?
  • Qu’est-ce qui ne me convient pas ou plus ? = Est-ce que je ressens du stress ? Quelque chose de désagréable ? Où ?
  • De qui ai-je envie de m’entourer ? = L’idée de travailler ou de côtoyer telle personne me procure-t-elle de l’excitation, de la joie, un changement d’attitude, de posture ?
  • Qu’est-ce qui me tire vers le haut ? = Qu’est-ce qui m’inspire, me motive, me fait bouger et comment cela résonne-t-il en moi ?
  • Qu’est-ce que je veux réellement ? = Évoquer ce que je désire provoque-t-il de la peur ? Quelles sont les sensations liées à la peur et où se loge-t-elle ?
  • Que m’a apporté la rencontre avec telle personne ? = Y a t-il eu un changement dans mon corps depuis ma rencontre avec cette personne ? Prise de poids ? Baisse ou hausse d’énergie ? Quelles traces ou marques cette personne a-t-elle laissé ? Où ?

S’écouter commence donc par réinvestir son corps, ne plus l’ignorer, ne plus éviter les miroirs, et s’entretenir de façon bienveillante avec lui. Si les danseurs ont une conscience corporelle évidente, c’est parce qu’ils sollicitent leurs muscles, leurs tendons, leurs articulations, leur squelette, ils apportent une nourriture saine à leur corps, à commencer par de l’oxygène, tout en créant de l’espace en lui.  La musique joue son rôle de connexion aux émotions, et pour le reste ils font confiance à leur instrument. S’écouter par et avec le corps  c’est fluidifier la communication entre ciel et terre, abstraction et matière, afin de comprendre notre histoire, celle qui fait notre unicité. Notre histoire ne nous définit ni comme un fantôme errant sans but ni comme une marionnette conditionnée et désincarnée mais bien comme un acteur du monde debout, accompli, les 2 pieds ancrés dans le sol.

Et vous, quelle est votre histoire ?

4 commentaires sur “Que veut dire s’écouter ?

  1. Je partage entièrement tous les mots de cet article…Ma plume aurait été moins fluide?
    Oui ne négliger ni intérieur ni extérieur tel l iceberg..
    Oui s écouter pour parvenir à ….. s entendre avec soi-même …
    Oui à la créativité
    Bravo Laure?

  2. Je suis, entièrement d accord avec tous ses mots. L écoute de son corps, et juste essentiel. Soyons juste, nous même. Dans un lâcher prise…

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